Cris dans l'espace

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Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 13:29

Bonjour à tous, je vous propose une nouvelle de science-fiction que j'ai écrite il y a quelques années. Elle n'a pas de rapport avec l'univers d'ogame, mais pourrait se passer à bord de l'un de vos grands transporteurs...

CRIS DANS L'ESPACE


Ce n’est qu’à la troisième sonnerie que Harvey Kent fut tiré de sa contemplation de l’espace infini à travers l’étroite lucarne de sa cabine. L’intercom n’était pas loin. De toute façon, rien n’était éloigné de plus de deux mètres dans une cabine de cette taille. Kent éprouva cependant une réelle difficulté à appuyer sur le bouton car ses bras lui semblaient de plomb. Le visage fatigué du Commandant du « Kristina », Bodin Zartof, apparut sur un petit écran.

« Et bien, Harvey, l’heure du quart est dépassée de 15 minutes ! » déclara Zartof sur un ton de reproche.
-Excusez-moi, Commandant, j’arrive tout de suite. »

Kent était étonné car c’était la première fois que le régulateur de sommeil tombait en panne. C’était donc pour ça qu’il avait eu ce mal de crâne au réveil… Il examina l’appareil, mais tout paraissait normal : son sommeil avait cessé à l’heure prévue. Bizarre, pensa t’il, j’en parlerais au médecin du bord. Une fois prêt, Kent arpenta rapidement les coursives étroites et plus ou moins éclairées du « Kristina » jusqu’à déboucher sur la seule salle vraiment spacieuse du cargo : la passerelle. A son arrivée, Zartof fit pivoter son fauteuil surplombant des consoles où, faiblement éclairés par la lumière des écrans, deux opérateurs s’affairaient. Tout autour s’étendait une large baie vitrée grâce à laquelle on pouvait embrasser l’immensité de l’espace. Mais personne ne faisait vraiment attention à cette vision grandiose, sauf Kent, qui aimait à scruter ce paysage immobile. Zartof se leva.

« Bien, nous sommes à 1.25 parsec de Proxima du Centaure, on la relève au 287/107. » Zartof parlait tout en montrant des points sur une carte stellaire holographique. « Le coin est tout à fait désert. Cap au 168/310, vitesse 2.5c, pas d’astéroïdes dans la région. Prochain changement de cap dans 3 heures, enfin vous aurez le loisir de voir encore tout ça ! Bref, tout va pour le mieux, les propulseurs nous font même l’immense honneur de fonctionner en continu depuis plus de 6 heures, même le Chef est étonné. Le seul petit rien est une défaillance du système de détection psychique, mais Barnes travaille dessus.
-Très bien, merci. Désolé pour le retard, Commandant.
-Que ça ne se reproduise plus. »

C’est ça, c’est ça… Mon premier retard depuis deux mois que nous avons appareillé de Vespir, quel vieux con ! Pensa Kent.


Dernière édition par Sir John le Jeu 7 Jan - 21:58, édité 2 fois

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 13:49

Cela faisait pas mal de temps que les données enregistrées par la détection psychique reflétaient de leur froide lueur verte sur le visage éteint de Kent. Barnes ne trouvait pas ce qui clochait et Kent devait avouer que lui aussi séchait sur le problème. Pour lui, tout était normal. Il ne remarqua pas que certains chiffres indiquaient une brusque montée d’activité psychique en un point de l’espace juste avant la panne du capteur. Sa tête lui faisait toujours mal et il voulut convoquer le médecin du bord mais l’un des opérateurs, Alex Cordin, l’interpella :

« Harvey, j’ai un signal bizarre sur mes scopes. CPA nul, il va falloir se pousser pour le laisser passer !
-Et que dit l’analyse spec., ce n’est pas un astéroïde au moins ? interrogea Kent, impassible.
-Je ne pense pas, l’albédo est trop important. Il n’émet pas de rayonnement dangereux… Je pourrais bientôt avoir un contact visuel. »

Quelques secondes s’écoulèrent lentement puis le projecteur holographique s’éclaira pour dessiner une forme oblongue au centre de la pièce. L’objet était transparent, comme un prisme teinté d’une couleur brunâtre.

« Je te fais passer les données sur ton terminal. »

Divers symboles apparurent sur son écran. L’objet semblait parfaitement anodin, constitué d’hydrogène solidifié en majeure partie avec quelques impuretés et sans aucune émanation nocive. Ensuite vinrent les calculs de trajectoire et de vitesse compulsés avec ceux du « Kristina ». L’objet allait effectivement leur couper la route.
Kent se leva de son fauteuil.

« Vira, lancez la procédure de changement de trajectoire s’il vous plaît.
-Bien… vous pouvez commencer, Harvey. »

Kent entr’aperçu plus qu’il ne vit le sourire timide de Vira Rankis. Il se remémora lorsque cette superbe jeune femme de 22 ans s’était confiée à lui au bout de 2 semaines. Elle ne supportait plus les incessants reproches dont l’assommait le commandant.
Il était vrai que ce n’était que son troisième embarquement, et Bodin Zartof interprétait comme de l’incompétence ce qui n’était que de l’inexpérience. Il se souvint d’ailleurs de la réaction du commandant à son arrivée. Zartof fut encore plus froid que d’habitude, il devait considérer sa jeunesse et sa beauté comme un signe de paresse ou pire, de rébellion.
Il se rappela avec une certaine émotion comment elle avait été heureuse lorsqu’il lui proposa de changer de quart pour intégrer son équipe. Ils étaient presque devenus amis depuis, pourtant Rankis continuait à lui donner du « vous », malgré les demandes de Kent. Il avait pris un gros risque à proposer le changement à Zartof. Contre toute attente, ce dernier accepta avec un enthousiasme à peine dissimulé. Kent ne comprenait toujours pas le malaise qu’amenait cette fille dans l’esprit de son Commandant. A vrai dire, il s’en fichait pas mal, trop heureux d’avoir une présence féminine si agréable pour animer ses quarts d’ordinaire si long. D’ailleurs, il se sentait un peu trop heureux et il avait un faible pour les yeux en amandes, comme ceux de Vira Rankis...

Kent appuya sur un bouton et un rayon vert jaillit de sa console pour se focaliser sur son front. Une voix synthétique égrena : « STRUCTURE CÉRÉBRALE IDENTIFIÉE : SECOND CAPITAINE HARVEY KENT. ACCÈS AUTORISE. » Il pénétra alors dans l’interface de données. L’ordinateur simulait dans son cerveau le vide spatial. Malgré l’impression de vertige, Kent se dirigea résolument vers une étoile relativement brillante. Au bout de quelques secondes, le décor bascula et il se retrouva devant une femme pulpeuse en maillot de chair.

« Salut Harvey, il paraît que tu veux changer notre trajectoire ?
-Et comment poupée, je ne pense qu’à ça ! »

Il posa sa main sur la poitrine plantureuse de la fille et le décor se transforma à nouveau alors qu’il entendait un lointain « A plus ! » envoûtant. Une froide salle avec de nombreuses cartes modélisées se forma autour de lui. Kent commença à parler :

« Carte de la situation actuelle et de l’obstacle. »

Un plan en trois dimensions se plaça devant lui où le vaisseau et l’objet étaient représentés avec leurs trajectoires respectives.

« Proposition de trajectoire d’évitement. »

Une nouvelle ligne en pointillés apparut en rouge avec un léger détour par rapport à la première.

« Tests de viabilité »

Une série de chiffres défilèrent au-dessus du plan et un bilan s’afficha après plusieurs secondes accompagné de la même voix synthétique.

« BILAN GLOBAL DES TESTS : OK A 95%.
-Reprogrammation selon la proposition QF25.
-REPROGRAMMATION REUSSIE, AUTRE OPERATION ?
-Pas d’autres opérations. Session de navigation terminée. Interface désactivée. »

Le décor disparut instantanément et Kent revint à la réalité. Il se rassit et se replongea avec lassitude sur le problème de la détection psychique.

A suivre....

Spoiler:
Une heure plus tard, Kent sursauta au son de l’alarme et une série de chiffres entourés de rouge envahirent le terminal de Vira Rankis.

« Holà, Qu’est-ce qui se passe ? » dit-elle avec étonnement tout en coupant la sirène.

Kent s’avança calmement jusqu’au poste de Rankis. Alex Cordin se leva de son siège, stupéfait, et lança :

« Je n’ai plus aucun signal de l’extérieur, plus rien du tout !
-Les propulseurs viennent de stopper. Ce doit encore être un encrassement du circuit d’admission, renchérit Rankis.
-Peut-être… »

Kent appuya sur un bouton de son uniforme.

« Machine de passerelle. Que se passe-t-il en bas ? C’est un encrassement ?
-On sait pas trop, Harvey, mais c’est pas ça sinon on vous aurait prévenu avant, c’est le circuit de sécurité des tuyères qui a coupé la sauce. Il y a eu une brusque augmentation de pression, comme si les tuyères étaient complètement obturées…
-Mais les clapets sont ouverts ! interrompit Kent.
-Je sais, mon vieux. Bon, on va voir ce qu’on peut faire, je te rappelle.
-Ok. »

Kent rappuya sur le bouton et coupa la communication.

« Et ces écrans de détection, qu’est-ce qu’ils ont, ils sont HS ou quoi ?
-J’en sais rien, mais c’est pas interne, sinon ils seraient en alarme, peut-être une sorte de champ de brouillage…
-Mouais… »

Kent ressenti alors un immense doute envahir tout son corps. Il se dirigea vers la console de Cordin et enfonça quelques touches.

« Attendez… et si… J’enlève la correction virtuelle de la baie, protégez vos yeux ! »

Il parlait tout en pianotant sur le clavier et, au lieu d’un intense rayonnement dû à la proximité d’une étoile, la lumière entrante devint brunâtre. Les trois personnes observaient, soufflées. L’ « objet » qu’ils voulaient éviter les avait entourés ! Kent fut le premier à s’en remettre car, inconsciemment, il le pressentait. N’empêche, il était gâté pour son premier embarquement comme second !

« Là, il faut prévenir le vieux, et tant pis pour son précieux sommeil réparateur ! »

Il entra le numéro de la cabine de Bodin Zartof sur la manche de son uniforme. Le visage presque furibond du Commandant apparu dès la première sonnerie. Il ne paraissait plus fatigué. Il écouta attentivement le rapport de Kent puis raccrocha sans rien dire.
Kent détestait cette manière que le Commandant avait de le mépriser parce qu’il était jeune. Il supportait très mal la pression que sa surveillance quasi-constante lui imposait. Il avait déjà failli en perdre ses moyens à plusieurs reprises.
Zartof apparût quelques secondes plus tard et ne fit même pas attention à Kent. Il déclara seulement, après avoir brièvement consulté les données :

« Bon, je veux tout le monde ici dans 5 minutes, et passez en alerte niveau 2. »

Rankis appuya sur un poussoir et, instantanément, une voix s’éleva dans tout le « Kristina » :

« ALERTE NIVEAU 2… ALERTE NIVEAU 2… ALERTE NIVEAU 2… TOUTES LES EQUIPES AUX POSTES DE MANŒUVRE… OFFICIERS ET MAITRES D’EQUIPAGE SUR LA PASSERELLE… JE REPETE… ALERTE NIVEAU 2… ALERTE NIVEAU 2… ALERTE NIVEAU 2… »

Zartof ordonna de compulser l’enregistrement des caméras et de l’expédier vers la station spatiale la plus proche. Rankis amorça la compression mais, bientôt, elle se figea et tourna une mine inquiète vers Zartof.

« Plus de contact, Commandant, plus rien, nous sommes coupés.
-Quoi ? Mais qu’est-ce que vous racontez donc ! »

Zartof se précipita sur la console de Rankis et la poussa pour qu’elle libère son siège. Rankis se leva immédiatement, tentant de garder un visage impassible. Mais Zartof dû bientôt se rendre à l’évidence : ils ne pouvaient ni recevoir ni émettre.

Et le silence se fit, pesant…

A suivre...

Spoiler:
Bientôt, une dizaine de personnes étaient rassemblées devant Zartof. Celui-ci se leva du fauteuil de Rankis et commença à parler :

« Bien, messieurs, je serais bref. Un incident majeur vient de se produire. La rencontre avec une entité inconnue a immobilisé notre vaisseau et a coupé toutes nos liaisons avec l’extérieur. Peut-être est-ce intelligent, peut-être non, rien ne nous permet d’affirmer quoi que ce soit sur cette « chose ». J’attends de vous que vous mainteniez la discipline au sein de notre équipage. Je ne tolèrerais ni panique, ni incident. Je compte sur vous pour l’exécution de mes ordres, il en va de notre survie. Des questions ? »

Les hommes étaient hébétés. Zartof paraissait se délecter de ces moments où il pouvait légitimement imposer son autorité. Là, Kent le savait, personne ne l’emmerderait avec des considérations de conscience ou sociales… Zartof profita de leur décontenance pour embrayer.

« Bien, rejoignez vos postes, maintenant. Tarkin et Around, restez, je vous prie. »

Ces deux hommes de forte constitution dirigeraient les équipes de caristes spatiaux. Ils n’avaient pas l’air extrêmement ébranlés par les nouvelles annoncées et ils restèrent impassibles face à Zartof qui s’assit dans son fauteuil pour exposer leur mission.

« Messieurs, votre boulot sera éprouvant, mais c’est peut-être notre seule chance de repartir avant que le réacteur principal ne se coupe automatiquement, et vous savez ce que c’est pour le faire redémarrer ! Vous allez sortir en prenant avec vous les accélérateurs. Vous allez nous dégager ces tuyères et nous pourrons continuer notre route, du moins jusqu’à la prochaine station.
-Si vous pensez qu’il n’y a pas de danger, on devrait pouvoir le faire, Commandant. »

Kent pensa en son fort intérieur que Zartof n’avait pas le droit de leur imposer ce travail, il aurait dû les mettre en garde : rien ne permettait de croire qu’il n’y avait aucun danger. Il chassa ses pensées en se convainquant que c’était finalement l’alternative la plus sûre et la plus réalisable pour se sortir de ce mauvais pas.
Mickaël Tarkin et Dave Around s’éloignèrent, revêtirent leurs scaphandres et entrèrent dans un sas de sortie. Zartof donnait les dernières instructions par radio.

« Attention, nous supposons que le contact sera coupé, vous serez donc seuls. Nous pensons que vous ne pourrez communiquer qu’entre vous une fois à l’extérieur. Réglez les accélérateurs sur la puissance minimum et augmentez progressivement jusqu’à la rupture de la matière. Progressez en cercles concentriques. Bonne chance, les gars.
-Bonne chance, bonne chance, il en a de bonnes lui. Il nous avait même pas prévenus que le contact serait rompu ! grommela Around.
-Ouais, et il a encore voulu nous apprendre notre boulot ! » ajouta Tarkin.

La lumière du sas devint rouge, des voyants verts et oranges s’allumèrent puis clignotèrent. Durant un instant, rien ne bougea, puis la porte extérieure s’ébranla et coulissa vers le haut. Les deux hommes se trouvaient maintenant devant la paroi lisse qui emprisonnait le vaisseau. Au-delà, le vide interstellaire s’étendait, peuplé d’une nébuleuse immense dans les tons verts et bleus. Ils regardaient attentivement cette surface qui paraissait anodine et avait au toucher une sorte de « pouls ». Ils auraient voulu décrire leurs sensations au reste de l’équipage mais, dès l’intérieur du sas, le contact était rompu et ils ne pouvaient communiquer, même entre eux. Tarkin alluma son accélérateur et visa la paroi. Around fit de même avec son appareil et, bientôt, deux rayons jaillirent des canons pour entamer la paroi étrangère.
Malgré les efforts des deux hommes et leur acharnement, ils durent rapidement augmenter la puissance de leurs appareils. L’ennui était que plus ils l’augmentaient, plus la température grimpait dans cet endroit clos, et une explosion finirait par survenir. Un quart d’heure passa où les deux spationautes s’évertuaient à créer un trou sans succès.
Kent, qui regardait la scène en compagnie de Zartof suggéra à ce dernier :

« Euh, Commandant, je pense qu’il est temps de leur faire signe de rentrer, je ne pense pas qu’ils arriveront à traverser la paroi, et encore moins à dégager les tuyères.
-Vous savez combien coûte à notre armateur la moindre journée de retard sur notre horaire ? On ne vous a jamais parlé de surestaries à l’école ? Sans parler du prix d’un remorquage…. Bon, alors je pense qu’ils peuvent bien suer un peu plus que d’habitude pour nous sortir de là » répliqua sèchement Zartof.

La conversation était close et Kent se demanda ce qui le retenait de s’en retourner sur la passerelle.
Quelques minutes plus tard, Tarkin ne remarqua pas les trois voyants d’alarme qui s’allumaient sur son panneau de poignet. Ce dernier trouvait que l’air était de plus en plus étouffant, mais il était totalement absorbé par son travail. Il pensa que le système d’évacuation de la transpiration était en panne, incident sans gravité comparé à l’importance de sa mission. De derrière les écrans des caméras du sas, Kent vit soudain que Tarkin commençait à chanceler. Zartof le perçu en même temps et zooma sur le poignet du spationaute. Le panneau d’alarme situé sur son avant bras clignotait de tous ses feux. Tarkin lâcha son appareil et porta ses mains à son cou : il s’asphyxiait. Around le prit par les épaules et tenta d’enclencher la pressurisation d’urgence. Il semblait avoir énormément de mal à se déplacer. Lorsqu’il fut à portée de bras, il s’effondra, puis souleva difficilement sa main. Son index allait appuyer sur le contacteur lorsque tout son corps s’affaissa après un ultime soubresaut.

Zartof se tourna vers Kent et vit qu’il n’était plus là. Kent était à la porte du sas, à attendre qu’il soit pressurisé et refroidit avec une anxiété grandissante. Une fois la porte ouverte, il ne pu que constater avec amertume que les deux corps étaient inertes et brûlés.
San rien dire à Zartof, il transporta avec l’aide de deux matelots les corps tordus et encore fumants de Tarkin et Around dans une chambre froide. Il revint voir Zartof, la mort dans l’âme et la colère au cœur. Il l’interpella dans la passerelle alors qu’ils étaient entourés de Rankis, Cordin et de tous les officiers.

« Alors, vous êtes content ? Grâce à votre brillante idée, deux hommes viennent de trouver la mort. J’espère que vous avez préparé le discours pour leur veuve !!!
-Non seulement c’était la seule possibilité que nous avions pour sortir mon navire d’une situation dans laquelle VOUS l’aviez mis ; mais surtout j’estime ne pas avoir de leçons à recevoir d’un officier négligeant ne sachant pas éviter correctement un vulgaire astéroïde d’hydrogène solidifié ! N’est-ce-pas, CA-PI-TAI-NE Harv… »

La phrase de Zartof fut stoppée par le poing droit de Kent qui projeta le Commandant contre la cloison. Celui-ci se releva calmement tout en essuyant le sang qui perlait à la commissure de ses lèvres. Il lança un regard noir à Kent et parla d’une voix pleine de fureur contenue.

« Bien, le Second Capitaine Harvey Kent vient de prouver qu’il n’est pas capable de garder le sang froid nécessaire pour m’assister et me remplacer en cas de malheur. De plus, ses récentes erreurs professionnelles m’imposent de le mettre aux arrêts. Lieutenant Voy, Officier mécanicien Bodo, conduisez le Capitaine Harvey Kent à sa cabine et veillez à ce qu’il n’en sorte pas. Affectez-y Dussailles.

Arthus Voy et Dylan Bodo s’avancèrent timidement vers Kent qui les retint d’un mouvement de la main.

« Désolé Harvey, mais…
-C’est bon, Dylan, je connais le chemin. »

Ils sortirent tous les trois de la passerelle.


A suivre...

Spoiler:

Kent bouillonait depuis une heure dans son étroite cabine, il ne supportait pas de ne pas avoir son mot à dire. Leurs vies se jouaient, il en était certain. Il ne pouvait dire pourquoi, mais il pressentait que leurs existences étaient en danger et qu’ils n’auraient pas le loisir d’attendre tranquillement les secours. D’autant plus qu’ils n’arriveraient pas avant dix jours, selon lui. Il en était là de ses élucubrations lorsque l’intercom général commença à crachoter. La voix de Bodin Zartof se fit entendre dans tout le vaisseau, un peu distordue :

« A tout l’équipage, ici le Commandant. Comme vous le savez tous, nous sommes entourés par une entité inconnue qui a non seulement provoqué l'arrêt de la propulsion, mais qui nous empêche également d’émettre ou de recevoir le moindre signal. Notre sécurité n’étant pour le moment pas menacée, j’ai pris la décision d’attendre les secours. Notre disparition sera signalée dans une semaine environ, et les secours mettront au moins quatre jours pour nous rejoindre. Vos officiers vous informeront de la procédure à suivre à ce moment-là. Commandant, terminé.
-FIN D’ALERTE NIVEAU 2… FIN D’ALERTE NIVEAU 2… FIN D’ALERTE NIVEAU 2… ALERTE PASSIVE NIVEAU 1… ALERTE PASSIVE NIVEAU 1… ALERTE PASSIVE NIVEAU 1… LES EQUIPES DE QUART UNIQUEMENT AUX POSTES D’URGENCE… JE REPETE… FIN D’ALERTE NIVEAU 2… FIN D’ALERTE NIVEAU 2… FIN D’ALERTE NIVEAU 2… »

Le salaud, pensa Kent, il s’est bien gardé d’annoncer ma mise aux arrêts ! De toute façon, la nouvelle se répandra quand même parmi l’équipage. J’espère que l’un d’entre eux au moins réagira et m’aidera. J’ai bien vu l’étonnement sur le visage de Marc. En tout cas, aucun officier ne lèvera le petit doigt, ils ont trop peur du vieux.
Il s’assit sur son lit puis s’allongea. Il repensa à Tarkin et Around avec amertume, il s’en voulait de ne pas être intervenu plus tôt pour les empêcher d’aller à la mort. Les derniers événements l’avaient fatigué plus qu’il ne l’aurait imaginé. Il s’endormi sans s’en rendre compte, l’âme rongée de culpabilité.



Le carré était plein de fumée de cigarette. Un groupe était assis à la table du fond et mangeait tout en parlant très fort. Rien ne semblait avoir changé et Vira Rankis était stupéfaite. Ils étaient emprisonnés dans une entité dont ils ne savaient absolument rien et tout l’équipage mangeait et blaguait comme si de rien était. D’un autre côté, elle les enviait car ils pouvaient continuer à vivre dans la quasi-insouciance alors qu’elle était condamnée à rencontrer les dangers en même temps que les officiers, mais sans avoir son mot à dire.
Rankis s’installa seule à une table avec son plateau. Elle commençait à manger lorsque son attention fut attirée par la conversation de la table du fond. Elle reconnaissait aisément la voix de Jojo. Jojo était le bosco et Rankis le détestait cordialement. Il était pourtant la figure du bord. C’était un homme dans la force de l’âge, petit et rondouillard. Il était toujours vêtu d’un bleu de travail maculé de cambouis et de graisse, les cheveux emmêlés et sales. Son visage rond était très affable, il paraissait prompt à rire. Il bénéficiait d’une grande emprise sur ses matelots car il savait les mener à coup d’insultes s’il le fallait, et les rassurer en leur donnant une tape dans le dos ou en proférant une blague graveleuse. Rankis l’avait apprécié au début, trouvant qu’il méritait sa notoriété. Mais elle s’était aperçue plus tard qu’il était finalement très hypocrite, toujours prêt à tendre un piège au nouvel arrivant, ou à le flatter tout en le méprisant profondément.

« Vous avez entendu ? Le vieux a mis le second aux arrêts… J’donnerais pas mal pour savoir ce qui s’est passé, dis donc… commença un matelot.
-Pauvre gars, pour son premier embarquement de second, il a pas été gâté ! Ca a peut-être un rapport avec la disparition de Tarkin et d’Around, suggéra Mart, le nono de 17 ans.
-Qu’est-ce-que tu racontes donc ! rugit Jojo. Si le tonton a renvoyé le jeune chez lui, c’est qu’il avait pété plus haut que son cul ! Voilà tout. Et puis, il l’ouvrait un peu trop, hein, moi j’pense qu’il a eu ce qu’il méritait ! D’ailleurs, il commençait à me courir, moi, toujours à demander de reprendre le saisissage… On connaît not’ métier, c’est pas un jeune coq qui va nous faire la leçon ! Mais dis-moi, Mart, Bob me disait tout à l’heure que t’as mère qui t’a accompagné à l’embarquement était vraiment mignonne.
-Ah, tu trouves ?
-Si, si, d’ailleurs on voulait te demander si t’avais pas une photo d’elle à poil, des fois…
-Ah, non, désolé, pourquoi ?
-T’en veux une ? »

Et tous rirent à gorge déployée, même le gamin qui avait d’abord fait la grimace. Rankis savait pourquoi Jojo cassait Kent. Jojo était un grand ami de Zartof, elle l’avait compris lorsqu’elle vit sortir Jojo de la cabine du Commandant et qu’il s’éloigna en titubant et en empestant l’alcool. Et puis Kent dérangeait les habitudes du vieux spationaute pour qui, parce qu’on a toujours fait comme ça, on ne pouvait pas faire autrement et mieux.
Elle sursauta lorsqu’un plateau se posa juste à côté d’elle. Elle tourna la tête et vit Marc Dussailles qui s’installait. Lui était différent, un peu plus âgé et sec que Jojo, les cheveux déjà gris, il était très posé, ce qui passait parfois pour de l’apathie. Rankis n’avait que peu discuté avec lui, pourtant elle ressentait sa présence comme protectrice et quelques peu paternelle. Elle en avait bien besoin dans ce monde rude… Il engagea la conversation.

« Bob m’a remplacé le temps que je mange… Tu sais, toi, pourquoi le vieux a mis Harvey aux arrêts ?
-Oui, Marc, et j’ai besoin de ton aide. Si t’es le seul à être sensé sur ce rafiot.
»

A suivre...

Spoiler:

Lorsque Kent rouvrit les yeux, ce fut pour voir le ravissant visage de Vira Rankis, assise sur sa bannette. Le navire ne vibrait plus, il était comme endormi, le calme était profond depuis que le réacteur s’était éteint.

« Vira ?
-Marc m’a laissée vous apporter votre repas. Ca va, Harvey ?
-Comme quelqu’un qui a peut-être fait la plus grosse connerie de sa vie…
-Vous n’auriez pas pu les sauver, Harvey. Il vous aurait mis aux arrêts immédiatement plutôt que de perdre la face. »

Elle lit en moi comme dans un livre, ou quoi ? pensa Kent. Il répondit néanmoins :

« Peut-être, mais il les aurait fait sortir du sas de lui-même si je ne le lui avais pas suggéré juste avant. Là, il a mis un point d’honneur à me contredire.
-Vous n’aviez jamais navigué avec lui auparavant ?
-Non, j’étais Lieutenant les voyages précédents et il était le Commandant de l’autre équipage. Je crois qu’il a remplacé le Commandant Durvil qui était malade sans même débarquer. »

Kent attaqua son repas, soucieux de clore la conversation sur ce point. Il n’était pas d’humeur. Rankis continua cependant à la questionner.

« Que pensez-vous qu’il faille faire ?
-J’en sais fichtre rien ! Attendre, je suppose, bien que cela m’étonnerait que la « chose » nous en laisse le temps.
-Je crois que vous avez raison, cette entité est bien vivante. Je ne savais pas qu’une telle « chose » existait.
-Moi non plus, et le fait d’avoir rencontré la première forme de vie extraterrestre ne me remplit pas de joie pour le moment. Avec ce fou comme tonton, le remède risque d’être pire que le mal… »

Kent avait terminé son repas, il posa le plateau sur la petite table basse de sa cabine.

« J’ai réfléchi, Harvey, et je suis très inquiète. A mon avis, pour survivre, cette entité doit se nourrir. Et la seule nourriture possible dans l’espace, ce sont les nuages gazeux. SI ça se trouve, elle a dérivé dans cette région alors qu’elle reste habituellement confinée dans les nébuleuses… En tout cas, elle a dû confondre le « Kristina » avec un nuage de gaz. Ce qui n’est finalement pas très loin de la réalité.
-Pfiu ! fit Kent, quelle perspicacité ! J’avoue que je n’y avais pas pensé. »

Rankis n’esquissa qu’un demi-sourire suite au compliment. Elle était vraiment préoccupée.

« Ne vous en faites pas, Vira, la coque de notre navire est solide ! »

Kent caressa doucement la joue de Rankis. Celle-ci se leva, gênée, pris le plateau et fit mine de sortir.

« J’essaierai d’en savoir un peu plus sur les intentions du Commandant et de vous les communiquer. S’il le faut, je vous ferais sortir d’ici, je connais bien Marc Dussailles, il vous estime et il n’a pas peur du vieux. »

Kent était soufflé, mais au moment où elle allait refermer la porte, il lança :

« Merci, Vira.
-De rien, un service pour un rendu, c’est tout ! »

Vraiment, Kent n’en revenait pas, lui qui pensait bien connaître son équipage, c’était finalement une bleue qui aurait assez d’influence pour le sortir du pétrin !







« Entrez ! »

Le Chef Mécanicien du « Kristina », Edwin Baldeck, entra doucement dans le bureau du Commandant Zartof, avec quelques dossiers sous le bras. C’était un homme assez petit et bedonnant, les cheveux grisonnant avec un début de calvitie. Ses petites lunettes étaient toujours suspendues à son cou par un cordon. Ses yeux, d’un gris très pâle, étaient de ceux qui montraient beaucoup de finesse d’esprit et de gentillesse malgré l’aspect un peu rude du reste de son visage.

« Excuses-moi de te déranger, Bodin…
-Tu ne me déranges pas, Edwin, voyons. »

Eh ben, pensa Baldeck, il tient vraiment à ce qu’on oublie qu’il a fait mettre le jeune aux arrêts ! Pourtant, depuis le temps que nous naviguons tout deux, il devrait savoir que ça ne prend plus avec moi…
Zartof se leva de son bureau, de nombreux certificats et documents officiels occupaient toute la surface du plateau.

« Voilà, je venais te voir pour partager avec toi quelques conclusions personnelles sur la « chose » qui nous emprisonne.
-Assieds-toi, je t’écoute, répondit Zartof avec une chaleur inhabituelle. »

Il doit vraiment être à cours d’idées pour vouloir m’écouter comme ça, songea Baldeck. Celui-ci s’installa dans le canapé et Zartof vint le rejoindre en face de lui.

« Je pense que cette entité se nourri des nuages gazeux errant dans l’espace. Habituellement, elle doit vivre dans une nébuleuse ou quelque chose comme cela, ce qui expliquerait que personne n’en ait jamais vu.
-Cela paraît assez fou, mais je crois que c’est la seule explication plausible, tu dois avoir raison.
-En tout cas, si j’ai raison, notre vaisseau est une nourriture pour elle, en faisant abstraction de la coque. Et donc, elle ne serait pas prête de nous lâcher, c’est le désert pour elle, ici !
-Mais comment expliques-tu la mort de Tarkin et d’Around. Et l’isolement dans lequel elle nous maintient ?
Pour l’isolement, je pense avoir un début de répons-+*e. Nous savons bien que l’espace est parcouru par un nombre important d’émissions naturelles de toutes sortes : rayonnement solaire, radio, X, Gamma, bref, sur toutes les fréquences existantes et nous savons également que la plupart de ces rayonnements sont mortels pour les cellules vivantes…
-Tu veux dire qu’elle aurait une sorte de carapace totalement imperméable à toute onde, qu’elle soit de l’extérieur ou de l’intérieur ?
-Exactement. »

Baldeck alluma une cigarette, et en offrit une à Zartof. Puis il reprit, sur un ton de suggestion.

« Pour la mort de Tarkin et d’Around, je pense qu’elle s’est sentie attaquée par les accélérateurs de particules et qu’elle a dirigé ses défenses contre eux. Défenses qui auraient rendu leurs scaphandres poreux… Maintenant, quand à savoir en quoi consistent ses défenses, je n’en ai pas la moindre idée et ce n’est pas ce qui m’inquiète le moins…
-Je suis d’accord avec toi, il faut considérer que le « Kristina » risque de subir le même sort que les combinaisons de Tarkin et d’Around. Mais je pense qu’il vaut mieux se garder d’informer l’équipage de cette perspective alarmante, n’est-ce pas ?
-Cela me paraît prudent, en effet, si nous voulons conserver une quelconque autorité.
-En tout les cas, il faut que notre vaisseau soit capable de manœuvrer le plus vite possible, de manière à pouvoir profiter de la moindre occasion, si elle s’offre à nous.
-C’est aussi pour ça que je suis venu. Je pense avoir trouvé le moyen de faire fonctionner le réacteur en circuit fermé, mais ce ne sera possible que durant une courte période. Sinon, il sera trop dangereux de ne pas pouvoir refroidir la vapeur d’eau. »

Baldeck commença à ouvrir son dossier de façon à expliquer plus en détails la procédure de mise en route du réacteur et les risques qu’elle comportait. Zartof l’interrompit dans son geste sur un air de plaisanterie :

« Holà, mon ami, je te fais confiance pour tout ce qui concerne les tuyaux ! Je sais que t’es le meilleur. Une période courte, tu dis ? »

Quel idiot, pensa Baldeck, qui se renfrogna.

« Oui, 6 heures, pas plus.
-Si tu entame le redémarrage maintenant, paré à manœuvrer dans combien de temps ?
-Dans 10 heures, au minimum.
-Bon, ben, il est temps de s’y mettre !
-Ok, c’est parti, mais il faudra que tu m’expliques ce que tu as dans la tête, n’oublies pas que les tuyères sont bouchées… »

Baldeck se releva, écrasa sa cigarette dans le cendrier et ouvrit la porte du bureau. Il se ravisa soudain.

« C’est vrai que tu as mis Harvey aux arrêts ? Il n’était pas au carré tout à l’heure.
-Oui, ce petit con qui se croît tout permis m’a frappé, quand il a comprit que je ne laisserais pas passer son erreur de navigation.
-Une erreur de navigation ?
-Ben oui, tu es DEDANS ! »

Sur ce, Baldeck sorti, songeur.






Kent senti à nouveau les vibrations du vaisseau, il sentait qu’il allait se passer quelque chose, mais quoi ? Vira n’était pas revenue, c’était Marc Dussailles qui lui avait apporté ses repas et il n’avait aucun moyen de sortir : sa porte était verrouillée électroniquement de l’extérieur.
Il prit donc son mal en patience. Il regarda l’heure, il était dix heures et cela faisait maintenant 16 heures qu’ils étaient prisonniers de la « chose ».

A suivre...

Spoiler:
En passerelle, Rankis, veillait aux côtés de Cordin et sous l’étroite surveillance de Zartof, dont la nervosité augmentait de manière visible. Il sorti et fut remplacé par le Lieutenant Voy. Rankis en profita pour s’éclipser, prétextant un petit creux. Elle se dirigea vivement à travers les coursives jusqu’à la cabine de Kent, la peur au ventre d’être surprise par Zartof. Dussailles avait repris sa faction devant la porte de Kent depuis une heure.

« Marc, je crois que ça va bientôt bouger, il faut que Harvey puisse y participer, sinon ce fou de Zartof nous mènera droit dans le mur.
-Je ne suis plus tout à fait sûr, tu sais, Vira. Il vaut peut-être mieux une mauvaise décision que pas de décision du tout parce que le tonton se bat avec son Second ! Bon, je fais peut-être une grosse connerie, mais une promesse est une promesse ! Tu peux dire à ton protégé qu’il a de la chance que je vous aime bien tout les deux, les tourtereaux !
-Merci. »

Rankis posa un baiser sur la joue ridée de Dussailles, qui eu un sourire désabusé. Il ouvrit la porte de Kent.
Ce dernier se retourna.

« Vira !
-Ca y est, ils se sont décidés à passer à l’action. J’ai surpris une conversation animée en Zartof et le Chef. Ils ne l’ont pas dit, mais je pense que Zartof compte relancer la propulsion et le Chef n’avait pas l’air d’accord.
-Mais il est fou ! Tout risque d’exploser ! s’exclama Kent.
-Je sais, bon, c’est vous le Capitaine, vous trouverez bien un moyen de le neutraliser, je vous fais confiance…
-D’accord, mais je pense qu’il vaut mieux que je sorte au dernier moment, pour avoir l’effet de surprise. Il faudra que vous reveniez me délivrer pendant la procédure de démarrage.
- Ca ne va pas être facile, mais j’essaierais. »

Kent perçu le petit sourire de Rankis. Il la rattrapa au moment où elle quittait sa cabine, lui prenant le bras. Elle se retourna. Il dit tout bas :

« Vira, quand allez-vous me permettre de vous tutoyer ? »

Nom de dieu, qu’est ce qu’elle a de jolis yeux, pensa Kent.

« Ah, ça dépendra de vous, mon cher Harvey… »

Kent se pencha pour l’embrasser, envoûté par son regard dans lequel il avait plongé les yeux. Elle lui tourna délicatement la tête avec ses mains de manière à lui faire une bise puis elle s’éclipsa avec un visage plein de malice.
C’est alors qu’il vit Dussailles rire à gorge déployée.






Le quart de Rankis touchait à sa fin et Zartof étudiait, toujours aussi nerveux, des documents sur les efforts de structure que pouvait encaisser le « Kristina ». Rankis s’ennuyait, elle avait hâte de s’en aller mais elle se demandait bien quand Zartof allait vouloir rallumer les moteurs. Elle ne voulait pas délivrer Kent trop tôt de manière à ce que Zartof ne s’attende pas à son arrivée. Le réacteur ronronnait depuis 8 heures déjà, les paramètres de son terminal indiquaient que la pression de fonctionnement nominal était quasiment atteinte.
La lumière vira brusquement au rouge et une sirène retentit dans tout le vaisseau. C’était l’alerte générale. Une voix électronique hurla :

« ALERTE GENERALE… ALERTE GENERALE… ALERTE GENERALE… A TOUT L’EQUIPAGE… DEPRESSURISATION LENTE DE L’APPAREIL… PRESSION EN CHUTE CONSTANTE : 940 MILLIBARS… TEMPERATURE EN BAISSE ANORMALE : 19.26°C… APPLIQUER IMMEDIATEMENT LES CONSIGNES DE SECURITE… ALERTE GENERALE… »

Zartof fit un bon et aboya :

« Cordin ! contrôle !
-Je confirme, Commandant, nous dégazons.
-Ok, compresseurs d’air au maximum. Je veux un rapport sur l’état de nos réserves d’oxygène, et coupez-moi cette sirène !!! »

La sirène se tut et après quelques instants, Cordin répondit :

« Bouteilles bâbord et Tribord à 300 bars en chute. Bouteille de secours au maximum.
-On a combien de temps, c’est ça que je veux savoir, bon sang !
-A ce rythme, on a pour 5 heures d’oxygène, plus 1 avec les réserves de la navette de sauvetage, pas plus. »

Zartof ordonna à Rankis sans même se tourner vers elle :

« Bien, lancez le signal de confirmation. »

Il remarqua qu’elle avait disparu.

« Mais où est-elle passée celle-là, encore ?
-Aucune idée, Commandant, répondit Cordin. »

Voy arriva à ce moment-là, suivi de tout le personnel qui n’était pas de quart. Pendant que chacun s’installait à son poste, Zartof lança lui-même la confirmation.

« ALERTE GENERALE… ALERTE GENERALE… ALERTE GENERALE… ORDRE CONFIRME… TOUT L’EQUIPAGE DOIT REVETIR SON SCAPHANDRE DE SURVIE… JE REPETE… ALERTE GENERALE… »

Voy regarda Zartof avec des yeux écarquillés :

« Alors c’est vrai, Commandant, on dégaze ?
-Et oui, abruti, dépêchez-vous de mettre votre combinaison ! »

Voy s’exécuta immédiatement, en même temps que Zartof et tout le personnel présent sur la passerelle.






Rankis courrait dans les coursives du « Kristina ». La chaude lumière des diffuseurs avait disparue. Des gyrophares oranges et rouges inondaient de leur lueur tournoyante les enchevêtrement de tuyauteries et de câbles qui parcourraient les cloisons. Ceci provoquait l’apparition d’ombres fantomatiques sur les ponts et les hommes, accentuant le sentiment d’oppression déjà présent dans tout le vaisseau. Pendant le trajet, Rankis entendait au loin le bruit des hommes d’équipage qui se précipitaient dans leur cabine à la recherche de leur combinaison. La voix de Jojo lui parvenait également aux oreilles, distordue. Il donnait des ordres à tout va…
Rankis arriva à la cabine de Kent. Dussailles faisait les cents pas, anxieux.

« Ah, te voilà enfin… tu es sûre que ça ira ?
-Oui, pas de problème, on va y aller avec Harvey.
-Ok, je te laisse, il faut que je mette ma combinaison et que je gagne mon poste d’urgence. Bonne chance les tourtereaux…
-Merci beaucoup, Marc, bonne chance à toi aussi ! »

Rankis entra dans la cabine. Lorsque Kent l’aperçu, il lui envoya l’un des deux scaphandres de sa cabine. Il avait déjà revêtit l’autre.

« Faut qu’on se dépêche, Vira, s’il doit allumer les propulseurs, c’est maintenant !
-Mais vous savez, Harvey, c’est peut-être vraiment la seule solution ! Que peut-on faire d’autre ?
-Non, il y a une autre possibilité, je vous l’expliquerais sur le chemin. Il faut qu’on passe par le magasin pour prendre des accélérateurs. »

Ils sortirent rapidement et, contrairement à l’aller, Rankis fut frappée par le silence. Tout le monde dans cette partie du navire devait être prêt et il n’y avait plus un bruit dans les coursives. Cela en devenait terrifiant car on avait l’impression de pouvoir entendre le bruit de l’air qui s’échappe… Heureusement, les légères trépidations dues au réacteur rassuraient un peu en conférant un reste de vie au « Kristina ».

A suivre...

Spoiler:
Sur la passerelle, les sept personnes, dont Zartof, étaient en tenue de survie, sanglés sur les sièges. Les casques des scaphandres pendaient sur le côté des fauteuils, prêts à être revêtus au premier danger. Zartof donnait ses ordres :

« Contrôle de Cap, vérification de la trajectoire.
-On a dû déconnecter l’ordinateur central pour shunter les sécurités, Commandant. Il va me falloir du temps pour faire un point astro manuellement, répondit Cordin, la voix mal assurée.
-Nous n’en avons pas ! A chaque minute perdue, c’est autant d’oxygène gaspillé. On se passera de ce contrôle. Normalement, notre cap n’a pas pu se modifier. Voy, trouvez-moi la station la plus proche, et calculez-moi les changements de cap à effectuer à partir des données qu’on avait avant de perdre la détection.
-Bien, il faut se diriger vers… la station Altaïr VI, en orbite autour de l’étoile double de Barnard. Calcul de la distance OK, détermination de l’orbite d’arrivée OK, calcul de la fenêtre angulaire OK. Changement de cap à effectuer : +215°/-018°. Chronomètre du temps d’allumage des tuyères : 52 secondes à 80% de la puissance. Assistance informatique pour l’adaptation temps de poussée/puissance : disponible. Correction automatique de la trajectoire défaillante, correction manuelle enclenchée. Temps de trajet : 2 heures 30 minutes.
Ca y est, tout est prêt, j’envoie le tout sur le terminal de timonerie, si vous êtes d’accord Commandant.
-Vos calculs me paraissent corrects, c’est bon. »

Le timonier Venek, reçu les données et déploya les servocommandes de barre. Un panneau s’ouvrit devant son siège et des commandes profilées s’élevèrent devant lui en se plaçant autour de ses mains.
Zartof appuya sur un bouton de son communicateur :

« Machine de passerelle, paré à manœuvrer ?
-Machine parée à manœuvrer, passerelle. »

La porte de la passerelle s’ouvrit brusquement et Kent apparut avec Rankis à ses côtés. Ils tenaient chacun un accélérateur de particules. Kent déclara :

« Commandant Zartof, je ne vous laisserais pas nous tuer tous, je vous relève de vos fonctions et prends le contrôle du navire.
-Non, Kent, vous ne prenez le contrôle de rien du tout, vous n’oserez pas me tirer dessus. »

Zartof s’avançait lentement vers lui, et il avait raison, Kent ne pouvait se résoudre à l’abattre. Il estimait que ce qui le différenciait des hommes comme Zartof, c’est qu’il ne tuerait jamais quelqu’un de sang froid, même si cette personne était le pire des salauds. Pourtant il fallait réagir, sinon, il y resterait probablement… Zartof hurla soudain de douleur et prit son pied dans ses mains en tombant sur le pont. Une petite fumée s’échappait du canon de l’arme de Rankis.

« Moi, je peux le faire, et je ne crois pas que vous en douterez, n’est-ce-pas, Commandant Zartof ? »

Zartof se ressaisi et grimpa sur son siège.

« Taisez-vous, espèce de folle ! Quand à vous, Kent, vous pourriez comprendre que c’est notre seule solution. A moins que vous ne préféreriez mourir asphyxié ou de froid ici !
-Il ya une autr… »

Kent n’eu pas le temps de finir sa phrase, il s’écroula comme une masse. Rankis tomba juste après, frappée à la tête, comme lui. Jojo sorti de l’ombre, un extincteur à la main.

« Ah les cochons, ça a même pas dix ans de métier, et ça veut virer les anciens !
-Merci Jojo, dit Zartof, je te revaudrais ça. Tu peux me les attacher ici, histoire que je puisse les surveiller ?
-Pas de problème. En fait, j’étais venu te dire que tout le monde est prêt et sanglé comme il faut en bas. Et puis je voulais voir quelles sont les nouvelles.
-Et bien, assieds-toi et sangles-toi, si tu veux bien, nous n’avons que trop tardé, il faut reprendre la procédure. »

Jojo s’installa et Zartof prit le communicateur général.

« Attention, à tout l’équipage, ici le Commandant. Accélération imminente, que tout le monde s’arrime. Terminé. »

Zartof raccrocha et ordonna :

« Check-list !
-Rétrofusées : OK
-Contrôle réacteur : paré
-Contrôle admission : paré
-Propulseurs de direction : tous les systèmes sont « go »
-Centrale nav : parée
-Très bien, déclara Zartof, procédure d’accélération enclenchée. »

Zartof alluma la communication directe avec la machine. Comme l’ordinateur était désactivé, il préférait ne pas utiliser la télécommande et que ce soit le personnel machine qui exécute directement ses ordres :

« Contrôle du réacteur de passerelle : puissance à 80%.
-Bien reçu passerelle, puissance atteinte dans 15 secondes.
-Contrôle admission de passerelle : mise en pression de tous les circuits.
-Circuits en pression, passerelle, tout est prêt.
-Passerelle de contrôle du réacteur, puissance atteinte.
-Bien reçu contrôle du réacteur. Contrôle admission de passerelle, ouverture de l’admission des tuyères à mon signal :
5…
4…
3…
2…
1…
Allumage ! »

Le vaisseau trembla de toutes parts, les parois semblaient se tordre jusqu’à se détacher et les lumières vacillèrent durant de longues secondes. Kent et Rankis, secoués par les vibrations, sortirent peu à peu du cirage. Le timonier tentait tant bien que mal de maintenir le cap. Les premiers rapports de Cordin tombèrent :

« Nous atteignons 60% de la puissance nominale »

Voy jura en même temps qu’une alarme retentit :

« Merde, l’assistance de calcul du temps de poussée nous lâche, je ne sais pas quand il faudra stopper la propulsion !
-Tant pis, dit Zartof, il faudra le faire à l’estime. »

Puis, l’accélération se fit moins forte et diminua de plus en plus.

« Ca baisse rapidement, Commandant, nous n’avons plus que 45% de la puissance.
-Timonier ! On sort de la fenêtre de trajectoire ! A droite 5, dessous 10 !
-Barre 5 à droite, 10 dessous.
-Contrôle du réacteur de passerelle : puissance à 100% !
-Bien reçu passerelle, puissance à 100%. »

Au lieu de reprendre, l’accélération continua de diminuer jusqu’à disparaître complètement.

« 0 la barre !
-La barre est à 0.
-Coupez tout, inutile de prendre des risques supplémentaires. »

Immédiatement, l’ordre de Zartof fut relayé par Voy.

« Terminé pour les tuyères, terminé pour le réacteur, terminé pour la barre, fin de séquence d’accélération.
-Cordin, contrôle manuel du cap par visées optiques, on a le temps maintenant. Barnes, relevé de l’atmosphère.
-Pression, 860 millibars en baisse, oxygène à teneur optimale. Température, 18°C en baisse aussi. Autonomie… 4 heures au total. »

Le constat était là, au-delà de cette limite, c’était les combinaisons individuelles, et après…
Cordin se leva et installa toutes sortes de matériels devant la baie vitrée de la passerelle. Ces sortes de sextants améliorés, reliés à des calculateurs, lui permettraient de déterminer la position du « Kristina » par succession de visées d’étoiles plus ou moins proches. De là, il pourrait déterminer si la trajectoire du vaisseau est correcte pour gagner Altaïr VI.

Les communicateurs grésillèrent soudain de la voix préoccupée de Baldeck, le Chef mécanicien du « Kristina ».

« Passerelle de contrôle admission, on a un sérieux problème ici. La pression a refoulé les gaz dans les collecteurs et un incendie a été signalé dans les coursives d’entretient. Nous avons dû isoler le réacteur des tuyères.
-Passerelle de contrôle du réacteur, la baisse de régime a été trop rapide ! Les températures sont trop élevées ! Je demande l’autorisation d’éteindre le réacteur et le passage sur batteries de secours en attendant. »

Zartof fut contrarié par ces nouvelles. En effet, les compresseurs d’atmosphère ne pourraient plus compenser la dépressurisation et cela signifiait qu’il allait falloir refermer les scaphandres à l’autonomie très limitée, à peine 3 heures… Il s’apprêtait à donner son accord à contrecœur lorsque Cordin l’interrompit.

« Commandant, j’ai un relevé de notre cap : directement sur la station Altaïr VI, estimation du point de contact dans environ 150 minutes ! »

Kent, qui avait réussi à délier ses liens ainsi que ceux de Rankis, regretta ses actions. Il avait eu tord… Sur la passerelle, ce fut l’explosion de joie, ainsi leurs efforts allaient être récompensés.
Zartof prenait le communicateur pour ordonner l’arrêt du réacteur et le déclenchement de l’alarme incendie lorsque la console devant lui explosa dans une gerbe d’étincelles.

Cet incident passa inaperçu, car en un instant, ce fut le chaos sur la passerelle. De violentes embardées auraient projeté tout le monde à terre s’ils n’avaient pas été attachés. Les cloisons se tordaient, brisant des tuyaux qui lâchaient d’épaisses volutes de vapeurs. Un important morceaux du faux plafond se détacha brutalement et s’écrasa sur deux opérateurs. Leurs hurlements furent à peine entendus dans le vacarme ambiant. Les commandes explosaient les unes après les autres et les étoiles défilaient de l’autre côté de la baie, donnant une sensation insoutenable de vertige. Le « Kristina » partait en rotation incontrôlée.

Des extincteurs automatiques se déclenchèrent comme les courts-circuits cessaient peu à peu. Sous la lumière rouge des alarmes, une épaisse fumée avait envahi la passerelle. Le sol était jonché de débris, de tôles et de câbles. La baie et les issues étaient obstruées par des volets de sécurité.
Sept personnes se détachèrent de leurs sièges et se levèrent, totalement sonnées et hébétées au milieu de la salle dévastée. Les deux opérateurs sous la plaque ne bougeaient plus. Kent fut le premier à se ressaisir, il savait que cela risquait d’arriver… Il ordonna à tout le monde de mettre rapidement les casques de leurs combinaisons car l’atmosphère était saturée d’ozone et autres gaz dangereux.

Bientôt, les visières reflétaient des geysers et des petites flammes qui se partageaient encore les pupitres. Rapidement, tous les incendies furent étouffés et il ne restait plus comme lumière que le balayage laiteux des gyrophares à travers les bans de fumée. Dans un coin, une forme était agitée de soubresauts. Kent s’approcha et vit Jojo, agonisant. Il avait oublié le casque de sa combinaison à son poste d’urgence, pensant y revenir vite… Rankis et Cordin dégageaient les deux opérateurs ensevelis avant de constater qu’ils étaient morts.
Zartof, anxieux, demanda dans l’intercom l’étendue des dégâts.

« A tout les secteurs, rapport des avaries. Cordin, inspectez rapidement l’état des installations ici. »

Aucune réponse ne parvenait à Zartof et il réitéra son appel, mais Cordin l’interrompit d’une voix blanche.

« Ce n’est pas la peine, Commandant. J’ai là un relevé de l’état du « Kristina » sur un terminal encore intact et… En dehors du bloc passerelle et d’une petite partie des emménagements, je n’ai plus aucun signal, les lignes électriques sont toutes coupées. »

Tout le monde savait ce que cela signifiait. Le reste du cargo devait avoir disparu dans l’explosion. Et même si une autre petite partie était viable, quelle importance ? Seule l’explosion du réacteur avait pu faire un tel carnage, donc tout était perdu. Rankis tapota le bras de Kent et lui désigna le sol. La fumée se déplaçait vers un bord de la passerelle, à côté de l’une des portes.

« Et oui, Vira, bientôt la dernière molécule d’oxygène aura quitté cette épave… »

Voy avait affreusement mal aux tempes… Il s’assit sur son siège, chancelant. Le timonier Venek lui demanda ce qu’il se passait. C’est à ce moment-là qu’il aperçu les petits éclats d’écran à plasma enfoncés dans son scaphandre… Voy lui demanda ce qu’il se passait en criant puis, en voyant l’écran en face de lui complètement éventré, il comprit.
Il n’était plus capable de parler ou d’entendre maintenant, du sang coulait de son nez, de ses yeux et de ses oreilles. Bientôt, il éclaterait dans son scaphandre. On appelle ça « décompression explosive », pensa Kent avec amertume.
Zartof se rassit dans son siège, complètement vidé. Il dirigea sa main vers son casque et débrancha son communicateur. Il ne voulait plus rien entendre, il savait qu’il n’y avait plus rien à faire, il ne voulait plus que dormir...
Kent s’adossa contre le mur, puis s’assit. Il était à bout de forces également. Rankis le rejoignit. Ils ne se parlèrent pas durant de longues minutes, puis ce fut Kent qui rompit le silence le premier.

« Dites-moi Vira… Je sais que vous avez voulu embarquer sur ce vaisseau, mais qu’est-ce-qui vous lie donc, vous et Zartof ?
-Je ne peux pas vous le dire, Harvey. Je n’en ai jamais parlé à personne, vous savez…
-Très bien, c’est vous qui voyez, Vira. Mais après notre mort, il sera un peu tard pour se confier et se décharger des poids qui vous empoisonnent l’âme. Vous souffrez, je le vois et je le sens depuis que je vous connais…
-Vous pensez donc que nous n’avons réellement aucune chance de nous en sortit ? »

Kent ne répondit pas, il se leva et actionna l’ouverture de la protection de la baie. Les étoiles réapparurent sous forme de petites trainées blanches. Le vaisseau tournait toujours sur lui-même. La lumière verte et bleue de la lointaine nébuleuse apparaissait et disparaissait alternativement. Rankis se leva à son tour et se colla contre lui en passant un bras autour de sa taille.

« Je vais vous le raconter, Harvey, il est temps, vous avez raison. »

Et elle lui conta son histoire. Kent n’osait la regarder, il continuait à fixer le ciel étoilé qui tournoyait rapidement. Une larme était apparue dans son œil gauche tandis que Rankis continuait à parler. Elle parlait vite, maintenant, comme si elle ne voulait pas s’attarder sur ce passage de sa vie…
Cordin, dans son coin, parlait lui aussi sans s’arrêter. Il énumérait tous les instants de bonheur de sa vie : sa femme sur Vénus, celle sur Cassiopée, etc.
Venek et l’autre opérateur survivant étaient dans une sorte de torpeur, ils ne bougeaient pas.





Zartof fut tiré de son sommeil engourdi par de violentes secousses. Il ouvrit les yeux et vit que Kent le secouait de toutes ses forces. A contrecœur, il ralluma son communicateur et commença par entendre la voix de Rankis.

« C’est inutile, Harvey, il va mourir bientôt, comme nous tous de toutes façons. Je n’éprouve plus de haine, maintenant.
-Peut-être, mais je veux qu’il entende ce que j’ai à lui dire.
-… J’écoute.
-J’avais une solution pour nous sortir de là, et je vais vous l’expliquer, que vous compreniez jusqu’où votre orgueil nous a tous mené. Il ne fallait rien faire du tout, en fait, la voilà la solution !
-Ma parole, vous êtes fou, Kent. J’ai eu raison de vous mettre aux arrêts !
-Mais il persiste dans son erreur en plus ! De toute façon, ma solution n’aurait pas pu se terminer plus mal que la vôtre !
-Et qu’est-ce-qui vous fait croire que la chose nous aurait finalement laissé en paix ? hurla Zartof.
-Et bien, si vous vous étiez donné un minimum de temps de réflexion, vous auriez également compris qu’elle rend toutes les parois poreuses, et c’est précisément cela qui nous aurait sauvé !
-A oui, et comment ?
-Quelques dizaines de minutes en plus et les parois blindées auraient cédées aussi…
-Le réacteur !
-Oui le réacteur, celui qui nous a mené à notre perte aurait pu nous sauver ! Si cette chose ne laisse pas passer les rayonnements, c’est qu’elle y est sensible, et qu’elle s’en protège par une sorte de carapace externe. Alors elle serait partie d’elle-même si elle avait été soumise directement de l’intérieur aux rayonnements du réacteur à fusion. Il aurait suffi que nous nous protégions convenablement… »

Kent relâcha Zartof, il défonça le communicateur du Commandant de son poing en guise de conclusion et s’éloigna avec Rankis dans une pièce derrière la passerelle. Ils s’assirent lentement, le froid les engourdissait de plus en plus.

« Bientôt, toi et moi, nous serons en sécurité, souffla Rankis ».

Kent s’endormi heureux, elle l’avait enfin tutoyé.


A suivre...

Spoiler:
EPILOGUE :
Cela faisait deux heures que le « Kristina » ou ce qu’il en restait tournoyait sur les écrans de la corvette de police n°326 à propulsion conventionnelle. La phase de décélération prenait fin. Non loin de l’épave, les policiers détectèrent une sorte d’astéroïde d’hydrogène solidifié d’une couleur brunâtre, parcourue par des éclairs d’électricité statique. Comme l’objet n’émettait aucun rayonnement dangereux, ils continuèrent l’opération normalement. Bientôt, deux rayons magnétiques jaillirent de la corvette pour stabiliser le vaisseau. L’officier ne put réprimer une exclamation lorsqu’il vit le vaisseau sur le projecteur holographique.

« Mais qu’est-ce qu’ils ont bien pu fabriquer pour mettre leur navire dans cet état là ? On dirait qu’ils ont été attaqués par un croiseur ! »

L’officier alla dans le petit carré de la corvette où deux agents étaient en repos.

« O.K, les gars, vous allez m’inspecter tout ça. On va installer un tube entre le vaisseau et ce qui reste de leur sas. Vous allez nous ramenez d’éventuels survivants, prélever quelques échantillons et surtout nous trouver la boîte noire, qu’on sache ce qui leur est arrivé. Vous emmenez Gary, vous ne visiterez que la partie encore relativement viable du navire. De toute façon il ne doit plus rien avoir ailleurs. »

Garry était le nom du petit robot à tout faire de la police, il accomplissait différentes tâches : pacification (malgré sa petite taille et son aspect inoffensif, il transportait un impressionnant arsenal dont il pouvait parfaitement se servir), échantillonnage, premiers secours, exploration, etc…

« Pas de problème, on s’équipe et on nettoie tout en douceur, chef, répondit Dofman, un agent qui nettoyait un pistolet grand comme le bras.
-Bon dieu, c’est pas une mission de routine ! s’énerva l’officier. Soyez prudents et laissez Garry passer devant.
-Vous affolez pas, j’vous dit qu’il y aura pas de problèmes !
-Ta gueule, s’il dit qu’il faut être prudent, on sera prudents, rétorqua Berkan, le deuxième agent. Vous en faites pas, on fera gaffe.
-Mouais… »

L’officier sorti. Les deux agents finirent leurs cafés, revêtirent leurs combinaisons et préparèrent leur matériel. Peu après, dans le sas de sortie, ils verrouillèrent leurs casques.

« Passerelle de Berkan, pour essai radio.
-Berkan de passerelle, je vous reçois 5 sur 5.
-5 également.
-Passerelle de Dofman pour essai radio.
-Dofman de passerelle, je vous reçois 5 sur 5.
-5 également. »

La porte du sas s’ouvrit et Garry, suivi des policiers, s’engagea dans le tube. Dofman siffla en voyant les blessures que l’explosion avait provoquées sur la coque du mastodonte. Seule la partie avant du vaisseau était toujours existante. Après, les superstructures de deux des dix gigantesques cales qui constituaient le « Kristina » étaient visibles, comme les côtes d’un squelette. Le reste du cargo avait été pulvérisé. Malgré ça, la corvette de police paraissait ridiculement petite à côté de l’épave. Tout autour d’eux, dans le vide, de nombreux débris flottaient. Le cadavre convulsé d’un technicien était visible non loin du tube. Dès l’arrivée dans le sas du « Kristina », Garry commença fébrilement à recueillir des petits échantillons. Les deux agents attendaient qu’il ait fini en analysant l’épave aux rayons infrarouges.

« Passerelle de Berkan, analyse aux rayons infrarouges négative, ils doivent tous être morts là-dedans.
-Qu’est-ce qui à bien pu se passer ici pour que tous les systèmes de survie soient hors d’usage et surtout que le reste du vaisseau explose ?
-J’en sais rien, mais si tu veux mon avis, ça me fait froid dans le dos ! »

En suivant Garry, ils débouchèrent dans la passerelle, où tout paraissait en ruine malgré la lumière persistante de quelques voyants qui témoignaient d’un reste d’activité informatique. Les senseurs des agents indiquaient que la pièce était complètement dépressurisée. Cà et là, ils découvraient un cadavre. L’un des policiers, Berkan, s’engouffra dans une coursive tandis que l’autre prélevait la boîte noire située sous le plancher de la passerelle. Une fois fait, il tenta de rallumer l’ordinateur du « Kristina » tout en essayant de joindre la corvette, mais sans succès.

« Putain, je n’ai plus de contact avec les autres !
-…
-Oh, tu réponds ? »

Dofman s’empressa de rejoindre son collègue et le découvrit dans une petite pièce juste derrière la passerelle. Berkan était agenouillé à côté de deux corps de membres d’équipage du « Kristina ». Ils étaient enlacés, et visiblement morts de froid. L’un d’eux arborait sur son scaphandre l’insigne de second capitaine.

« Oh, Berkan, qu’est-ce qui t’arrive, tu dérailles, ou quoi ?
-Désolé, j’ai eu un moment d’absence en voyant ces deux-là.
-Ouais, ben bouges-toi, j’arrive pas à joindre la corvette. Je propose qu’on se casse, j’ai pris la boîte noire, avec les échantillons de Garry, ça devrait suffire.
-T’as raison, on y va. »

Les deux agents retournèrent sur la passerelle pour reprendre Garry. Dofman remarqua à travers la baie vitrée qu’une nouvelle forme gravitait autour des vaisseaux. Il pensa d’abord que c’était un astéroïde de glace, mais il remarqua alors avec effroi que cela ressemblait plus à de l’hydrogène solidifié, et que la forme familière de la corvette de police n°326 n’était plus accrochée au « Kristina », mais bel et bien emprisonnée dans son cercueil translucide.


FIN


Dernière édition par Sir John le Jeu 7 Jan - 23:23, édité 16 fois

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Re: Cris dans l'espace

Message par BeniSo-Monk le Jeu 24 Déc - 13:51

Je subodore un nouveau poste qui va faire au moins une dizaine de pages.
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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 13:53

La nouvelle est de 26 pages au total. Peut-être que le forum n'est pas très adapté pour sa diffusion...

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Re: Cris dans l'espace

Message par BeniSo-Monk le Jeu 24 Déc - 13:55

J'aime bien pour moi tu peux continuer
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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 13:57

Merci MONK, je vais attendre un peu les autres avis avant de continuer...

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 13:58

pour ma part j attend la suite avec impatience continue

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Message par Invité le Jeu 24 Déc - 14:45

la suite, la suite, la suite.....

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Message par Invité le Jeu 24 Déc - 15:31

Voilà quelques lignes de plus dans le post édité...

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 16:04

elle est très bien ta nouvelle pour le moment, j'aime beaucoup ^^
Bien montée, 2 héros auxquels on s'attache rapidement, une intrique lancée tranquillement ... Reste à voir la suite pour un avis plus global ^^

Limite j'aurais envie de de voir quelques illustrations Very Happy mais j'en demande peut être trop ^^

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 16:20

J'avais fait quelques esquisses à l'époque, mais c'est pas montrable...
Peut être par la suite...

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 24 Déc - 16:34

Peut être que Kyu ... si il a un peu de temps libre ... ^^

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Re: Cris dans l'espace

Message par BeniSo-Monk le Jeu 24 Déc - 18:15

Vas y Sir john Asimov,fais nous rêver!!!
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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Dim 27 Déc - 23:05

J'ai édité le 2ème post avec la suite de l'histoire, dans la balise spoiler.
A partir de maintenant, pour faciliter la lecture (et ne pas rebuter tout de suite un lecteur qui arrive wink ), je mettrai systématiquement dans une balise la suite de l'histoire.

Merci à tous ceux qui prennent le temps de me lire et de poster un commentaire...

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Lun 28 Déc - 0:44

Pas mal l'idée des balises spoiler ^^


Intéressant ce truc bizarre Very Happy c'est quand la suite ? ^^

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Message par Invité le Mar 29 Déc - 11:11

pas mal j'attend la suite ^^

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Mer 30 Déc - 19:39

Voilà un petit chapitre en plus...
Avec un nouveau personnage, j'espère qu'il vous plaît !

Je posterais la suite bientôt, où vous en apprendrez plus sur cette étrange entité...

Bonne lecture !

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Mer 30 Déc - 22:57

je vais me permettre une petite remarque !

Le mot "stoppage" je tique dessus ... je suis désolé mais je trouve que ça fait tache au milieu de ce récit bien tenu ...
J'ai regardé dans un dico sur le net, soit je le trouve pas, soit ce mot à un rapport avec la couture ...

Bref je tenais juste à le dire, afin de parfaire ce récit Smile

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Mer 30 Déc - 23:52

Et bien, Hyunkel, je suis tout à fait d'accord avec toi !
Moi aussi, pendant mes relectures, ce mot me dérangeait... Je l'ai conservé parce que, à bord des navires où j'ai servi, c'est un mot qu'on utilise.
Cela dit, je vais tout de suite le remplacer par "arrêt", qui sera plus "français".

Merci !

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Re: Cris dans l'espace

Message par MrOrabai le Jeu 31 Déc - 8:17

C'est la plus belle histoire qu'il m'ai été donné de lire sur un forum! Je suis vraiment soufflé, la! Continue, c'est vraiment du même niveau que mars ou venus, les bouquins que j'ai lu, je ne sais plus de qui... Mais si tu veux, un poste de moderateur pour la section rp t'attend!

_________________

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 31 Déc - 12:30

Merci beaucoup Dieu,

Pour ce qui est de la modération de la section, pour le moment, ça me paraît un peu tôt.
Je préfèrerais attendre que je prenne bien ma nouvelle fonction de diplomate en main, d'abord.
Mais d'ici un mois ou deux, why not ?

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Jeu 31 Déc - 14:45

Voilà, encore quelques lignes de plus, pour la nouvelle année !!!

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Dim 3 Jan - 2:21

Ton histoire est excellemment rédigée, et j'adore le style !
J'ai hâte de savoir comment ils vont s'en sortir, si la chose est oui ou non intelligente (ce qui est probable), si elle est pacifique, etc.
Poste nous la suite quand tu auras le temps !
C'est très prenant !
Very Happy

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Dim 3 Jan - 14:36

Voici quelques paragraphes de plus, les évènements s'accélèrent...

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Re: Cris dans l'espace

Message par Invité le Dim 3 Jan - 18:29

Roooh t'abuses tu nous lâche en plein suspens Razz
La suite, la suite... ! Very Happy

C'est très prenant !

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